Évaluer son évolution


I) Nécessité du bilan

Premier exemple

Un de mes amis a fait quinze ans de travail sur lui. Nous parlions souvent de thérapie (trop même). Il faisait deux séances individuelles par mois. Il a aussi fait des stages. Je pensais qu’entre ces séances, il travaillait. Il n’avait pas un sommeil infernal comme le mien, mais il me semblait évident qu’il fallait travailler entre les séances. Moi, je lui disais que je travaillais environ une heure et demie par jour. À cette époque, je faisais au mieux, plus aurait été contre-productif. Lui, en ne me disant pas qu'il ne travaille pas entre ses séances me mentait. C’était un mensonge par omission.
Puis il me raconte qu’il a vu une personne qu’il connaît depuis longtemps, mais rencontre rarement (moins d’une fois par an). Il est content de me dire que cette personne lui a dit qu’elle ne connaissait personne qui a autant changé que lui. Moi, je suis assez étonné de la chose, car je n’ai rien vu qui ait changé chez lui. Comprenez qu’il travaille sur lui et moi sur moi. Je ne suis pas là pour travailler sur lui, à sa place.

Je décide quand même de faire un bilan de tout ce qu’il me raconte depuis plusieurs années (un bilan sur l'efficacité de ce qu'il a fait). Je prends donc environ deux heures par semaine sur trois semaines pour faire un bilan de son travail.
Un peu plus tard, je le revois et lui rappelle la scène où son ami lui a fait un joli compliment. Il est tout content.
Je lui dis alors : « Mais il s’est fichu de ta gueule et tu es tellement nul que tu ne l’as même pas vu ! »
Je rajoute :
« Tu n’as rien découvert de ton présent ! »
« Tu n’as rien découvert de ton passé ! »
« Tu n’as rien découvert de ton père ! »
« Tu n’as rien découvert de ta mère ! »
« Tu ne maîtrises aucune technique, tu es l’éternel débutant. »
« Tu n’as strictement rien changé ! »

J’ai compris durant ces semaines que mon ami était fainéant (et pas que sur sa thérapie).
Sur une si longue période, s’il avait travaillé et fait des bilans, il aurait conclu lui-même qu’il est en total échec sur son travail sur lui. Soit il aurait arrêté et aurait fait des économies, soit il aurait réorienté son travail.


Un jeu d'échec
Image facile à décoder !

Deuxième exemple

Je discute avec une copine qui fait un travail sur elle depuis 3 à 5 ans, je n'en ai plus le détail. Elle me fait un compliment en soulignant trois qualités que j'ai. Ce compliment confirme qu'effectivement, j'ai ces trois qualités. C'est parce que j'ai fait des bilans que j'ai trouvé qu'il y avait des bonnes chances que j'aie ces qualités. La remarque de cette femme me permet de voir que mon bilan a été correct, ce qui n'est pas toujours le cas : souvent, je me surestime.

Je lui réponds que ces qualités, je ne les ai eues ni rapidement, ni facilement. Puis elle me raconte que malgré toutes ces années à travailler sur elle, elle n’a pas évolué. Elle conclut que l’on ne peut pas se changer, ou alors en quantité négligeable. J'ai l'impression qu'elle va arrêter son travail sur elle parce que ça ne sert à rien.

Si elle arrive à faire cela, c'est qu'elle a fait un bilan. Mais ce bilan n'a pas été efficace, elle a pris trop peu de temps.

Si c'était vrai qu'on ne pouvait pas se changer, personne ne ferait de travail sur soi, ni à l'Église, ni en faisant de la psychothérapie. Si j'ai pu obtenir ces 3 qualités, c'est bien que c'est faisable. Elle aurait dû conclure qu'elle n'a pas les bons outils. Ce bilan lui a quand même permis de conclure qu'elle n'avait pas changé, ce qui n'est pas le cas dans l'exemple précédent.


Dans le premier exemple, on voit une personne se leurrer totalement parce qu'elle ne veut pas travailler, parce qu'elle ne fait pas de bilan.

Dans le deuxième exemple, on voit une personne faire un bilan, mais il n'est pas très efficace. Elle ne s'est pas trompée sur son échec, mais elle s'est trompée sur comment exploiter le bilan de cet échec : changer de technique. J'ai également parlé de mes défauts dans mes bilans, en particulier de me surestimer.

Je vous ai décrit ces deux exemples pour que vous compreniez l'intérêt de faire des bilans. C'est pour ne pas se leurrer. Il est de votre intérêt de prendre suffisamment de temps sur ces bilans, pour que vous puissiez correctement les exploiter. Il faudra bien évidemment apprendre à se perfectionner dans l'art de faire des bilans.


Je n’ai mis que deux exemples, mais il y a pléthore de gens qui font un travail sur eux depuis des années sans faire de bilan. Malheureusement, assez souvent ce que j'entends de ces gens-là est à pleurer de rire, alors qu'ils font ce travail parce qu'ils souffrent.


Faire un bilan
À faire

II) Quelques pistes pour vos bilans

a) Avez-vous découvert des choses de votre présent ?


Premier exemple

- Un rêveur me propose une série de rêves. L’un d’eux lui décrit la vie qu’il a eue. Le rêve utilise le symbole Pikachu pour décrire cela. Ne connaissant pas ce que c’est, je lui demande de me parler de cela. Il me montre une image de Pikachu. Je lui indique alors que son rêve lui explique qu’il a eu une vie puérile. Il confirme cette interprétation.

Le lendemain, il m’appelle et me dit : « Mais comment est-ce possible ? À 55 ans, si je passe devant un magasin de jouets, je ne peux pas m’empêcher d’y rentrer et je me crois mature ! » , « Comment c’est possible ? » Je lui dis qu’il n’est pas au bout de ses surprises. Je veux lui dire par là qu'il va encore découvrir des défauts qu'il a et qu'il ne voit pas (alors qu'ils sont énormes).

Ce rêveur a appris quelque chose de son présent. CG Jung appelle cela l’ombre.


Un enfant de 55 ans

Notre inconscient (l’ego bien souvent, ou peut-être tout le temps, car il s'agit de nous rendre inconscients) nous empêche de percevoir des défauts que l'on a. Ainsi, on ne peut pas les corriger, car nous sommes inconscients de les avoir. Je n'ai pas d'exemple flagrant (que j'ai observé chez quelqu'un) mais l’ego d’une personne pourrait l’empêcher d'observer des qualités qu’elle a. Cela pourrait accentuer l'idée que pourrait avoir cette personne de n'avoir aucune qualité.


Deuxième exemple

- J’ai 40 ans. Il y a deux ans que je fais un travail sur moi. J'ai déjà passé du temps à savoir si j'avais confiance en moi. Après avoir passé suffisamment de temps sur ce sujet, je conclus que, sauf sur deux sujets bien précis, j'ai confiance en moi… Avec tous mes diplômes !

Je suis en train de lire L'Homme et ses symboles de CG Jung. Je lis un petit texte dans un encadré et je me mets à pleurer, tout en observant que je ne comprends rien à ce que raconte ce texte. Je suis un peu initié aux choses de l'esprit humain et je sais que je refoule. Je profite de cela pour observer le refoulement : je lis les mots, je les comprends mais je n'arrive pas à en faire des phrases qui ont un sens. Après quelques minutes, je ferme le livre et je le range. Je reprendrai le soir le même texte. Il se passe exactement la même chose. Le lendemain, pour la troisième fois, il se passe exactement les mêmes choses.

Le jour d'après, un de mes amis passe à la maison. Je lui demande donc de lire ce texte et de me dire de quoi il parle. Il me dit : « Ah la confiance en soi, je comprends que cela te touche ! » Je comprends alors que je n'ai pas confiance en moi ! Cet ami (on a fait 4 années d'études ensemble) me dit qu'il n'a jamais pensé que j'avais confiance en moi.

Quelques instants après, une scène me revient, une scène du passé où, à 24 ans, je téléphone à une entreprise à qui j’ai envoyé un CV. Je suis ‘l’ingénieur dont elle a besoin’. Je suis tellement peu sûr de moi que quand je raccroche, je me dis que si mon interlocuteur est normal, il va jeter mon CV. À l'époque, cette scène ne m'a pas permis de comprendre que je n'avais pas confiance en moi.

Je découvre une chose de mon présent : malgré tous mes diplômes, je n’ai pas confiance en moi.



On peut découvrir avec une loupe


Si sur une longue période, vous ne découvrez rien de votre présent, vous avez un indice d’échec.


b) Avez-vous découvert des choses de votre passé ?


À chercher des choses de mon passé, je découvre bien des scènes que j’avais oubliées.
- Certaines n'ont aucun intérêt.
- D'autres sont intéressantes mais ne vont pas me changer.
- D'autres sont intéressantes et vont me changer : il peut ou pas y avoir un changement au moment de la découverte, mais dans tous les cas, si la chose n'est pas anecdotique, il faudra des rêves pour résoudre les problèmes correspondants.


Premier exemple

- J'ai 28 ans. Je me lève le matin et j'observe une tache au centre de l'œil gauche. Je vais en cours normalement et observe que cette tâche reste. Entre midi et deux heures, j'en parle à un copain prof d'histoire. Il m'engueule : « Tu prends ton après-midi et tu vas voir un ophtalmologue !!! » Bien évidemment, il a raison. Je vais voir la proviseure, je lui parle de mon problème et je prends mon après-midi.
Je vais consulter. On me fait des examens : un fond de l'œil. L'ophtalmologue ne me dit rien et me donne rendez-vous un mois après. Dans les jours qui suivent, ma tâche rouge devient marron marron. Puis petit à petit, semaine après semaine, la tâche disparaît. Je vais donc voir mon ophtalmologue, mais juste par politesse, parce que j'avais pris rendez-vous.

J'explique à mon ophtalmologue que je n'ai plus rien et que mon œil voit parfaitement bien. Elle est très surprise de ce que je lui raconte car, selon elle, c'est impossible : on ne peut pas guérir de cette chose-là. Je regarde le plafond qui est blanc pour vérifier qu'il n'y a vraiment plus rien à mon œil gauche et c'est le cas. Je lui réponds que mon œil voit parfaitement bien. Nous insistons tous les deux puis elle me dit : « Vous voulez savoir ce qu'est un miracle ? Eh bien c'est ça car c'est impossible. C'est une partie connue de la médecine. »
Je crois dans un premier temps qu'elle plaisante en parlant de miracle. Il n'y a bien sûr aucune raison à cela. Dans un second temps, je pense alors qu’elle me teste pour savoir si je suis crédule. Il n'y a pas plus de raisons à cela.
Je suis très virulent envers ma docteure, car je suis persuadé que ces choses-là n’existent pas. Alors même que je ne me suis jamais intéressé au miracle, que je ne connais rien à la médecine, que je me sais inapte à tout ce qui est humain, je crois connaître le sujet mieux que la docteure. Je rentre chez moi et comme je prépare l’agrégation de physique, je ne m’occuperai pas de cela.


Un miracle

Très étrangement, entre deux et quatre ans après cette scène, je l'oublierai. Je trouve particulièrement curieux d'avoir un miracle, de ne pas y croire malgré la totale compétence de l'ophtalmologue, puis de l'oublier assez rapidement.


Deuxième exemple

- Le même rêveur que dans le paragraphe précédent a un rêve qui parle de sa vie. Il est en trois parties : son adolescence, jeune adulte puis plus âgé. Nous ne décodons pas la deuxième partie.
Quelques mois après, nous revenons sur ce rêve, mais avant cela, il me parle de psychiatres qu’il a eus quand il était jeune adulte. Il pense que c’est à cause d’eux qu’il a un problème de thyroïde (à cause des médicaments qu’ils lui ont fait prendre). Avec cette nouvelle information, la deuxième partie de son rêve devient décodable. Son rêve lui explique que ces psychiatres ont fait des dégâts dans son psychisme, ce qu'il comprend. Très probablement en lui faisant croire que son problème est plus important que ce qu'il en est.

C'est un exemple où la non-connaissance d’une scène du passé rend impossible le décodage du rêve. C'est pour cela que l'on doit chercher des scènes oubliées du passé quand on fait un travail sur soi.


Dans le premier exemple, se souvenir du fait que j'ai un miracle ne va pas changer grand-chose sur mon psychisme car il n'y a aucune problématique correspondant à cela. Je vais bien sûr voir le monde autrement.
Dans le deuxième exemple, le rêveur va changer même si lui et moi ne savons pas sur quel point les choses vont évoluer.


Si sur une longue période vous ne découvrez rien de votre passé, vous avez un indice d’échec


c) Avez-vous découvert des choses sur vos parents ?


Vous devez découvrir des scènes avec eux, des scènes que vous avez oubliées. Vous pouvez aussi découvrir l’importance de scènes que vous n’avez pas oubliées, mais que vous croyiez anodines. Vous pouvez aussi comprendre différemment des scènes que vous avez vécues (et non oubliées). Jeune, vous ne les aviez pas réellement comprises.
Vous pouvez aussi découvrir des traits de caractère que vous ignorez d’eux ou que vous croyiez sans conséquence pour vous alors que ce n’était pas le cas.


Ces découvertes peuvent se faire dans les deux sens :

- D'une manière générale, vous devez d'abord découvrir les scènes ou caractéristiques de vos parents et cela permettra après de décoder des rêves parlant de celles-ci. Il faut donc passer du temps pour retrouver ces scènes.

- C'est plus rare mais cela peut fonctionner dans l'autre sens. C’est en décodant vos rêves que vous apprenez des choses de vos parents. Cela a été le cas pour mon sommeil, par exemple. J'ai également découvert la froideur d'un de mes parents, chose que je n'avais jamais vue. Après ce rêve, une scène m'est venue et effectivement, cette froideur existait.
Dans ce deuxième cas, la compétence nécessaire sur l'interprétation des rêves est bien plus importante. Il faut maîtriser son art.


Si sur une longue période vous ne découvrez rien de vos parents, vous avez un indice d’échec


d) Avez-vous changé ?

Normalement, c'est le but du jeu.
En travaillant sur vous, vous pouvez faire de la psychologie ou de la psychothérapie, mais ce n'est pas la même chose.

Contrairement à ce que l'on pense, ce discernement entre les deux est très difficile.
Pour être sûr que vous changez :

- Les personnes autour de vous voient ces changements et doivent vous le dire sans que vous leur demandiez. Ils vous parlent de cela car ils en sont très étonnés. Ils vont vouloir vous demander ce qu'il s'est passé.

- Vous devez le voir. Cela doit être clair et vous devez être étonné par ce changement. Et il va falloir vous adapter à cette nouvelle manière d'être.


Quelques exemples :

- J'ai eu des rêves parlant de mon intérêt pour les armes. C'était pour réduire cet intérêt. Plus tard, quand j'ai visité le musée des Blindés à Saumur, je pensais que j'aurais eu énormément de plaisir de voir ces chars et j'ai été très étonné, car cela m'intéresse, mais sans plus.

- Un copain a fait cinq séances avec moi. Il y avait une dizaine de rêves par séance. À chaque séance, un ou deux rêves parlaient de sa froideur, ou de la froideur de son père. Il a été fort étonné de voir que maintenant, quand il va aux puces, il parle facilement avec tout le monde. Il m'a dit : « C'est bizarre, tu m'avais dit qu'il faudrait beaucoup de temps pour cela.»

- Ce même copain a été informé par un de ses rêves (une fois décodé) qu'il est puéril. C'est le premier exemple du a). Le lendemain, il me rappelle pour m'expliquer son étonnement face à cette découverte !

- J'ai eu des rêves me parlant de mon excès d'humour. Je pensais que la piste que nous avions prise était fausse. Une semaine après, je suis très étonné, car je ne raconte plus mes blagues. Je suis très surpris par le fait que ce soit le moteur à raconter les blagues qui n'est plus, alors que je connais toutes mes blagues par cœur. Je les ai en tête, mais je n'ai plus aucune envie de les raconter.
On peut passer une vie sans avoir ce genre d'étonnement.

- Après un an à travailler sur moi avec les rêves, un de mes amis me dit : « C'est bizarre, tu en parles bien maintenant de ton père ? » Mon discours a changé, et bien évidemment mon ami l’a vu. Moi, je savais que je ne détestais plus mon père et j'avais eu un rêve qui me disait que c'était fini avec lui. Sa remarque est une confirmation du fait que le travail sur mon père est fini.

- Dans la première partie de ce site, dans le chapitre « Les grands rêves », je parle de mon plus grand rêve. Il me change radicalement mon rapport au sommeil : lorsque je me réveille la nuit, je n'ai plus mal à la tête. Ainsi, ce changement est visible la nuit d'après la bonne interprétation de ce rêve.
De plus, après ce changement, lorsque je conduis la nuit, je peux avoir des micro-endormissements, ce qui ne m'était jamais arrivé avant. Je dois alors gérer cette nouvelle manière d'être.


Cette quatrième partie, ce d) est très facile à comprendre intellectuellement, mais particulièrement difficile à intégrer. Surtout si vous faites un travail sur vous depuis des années.
C'est l'ego, la partie négative de notre inconscient qui nous veut en échec (pour son compte, c'est notre ennemi). Il a un grand pouvoir pour nous influencer et nous faire croire que nous progressons.


Pas de changement clair, pas d'étonnement face à vos changements, personne ne vous en parle : vous avez un indice d’échec.



Mon bilan personnel
Bilan de changement


III) Bilan total, bilan partiel, bilan ciblé

Pas commencé


IV) Un grand bémol

Pas commencé


V) Évaluer son évolution, mais avec vos rêves

Pas commencé



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